La Vie Extra selon Hugo Jacomet

« Je prêche pour une vie plus élégante »

 

 

Fondateur de parisiangentleman.fr, Hugo Jacomet est également l’auteur de l’ouvrage « Parisian Gentleman, Éloge de l’élégance à la française« . Entretien.

 

– À quel âge as-tu décidé d’investir dans des vêtements de qualité ?

Mon grand-père étant bottier et ma mère couturière, j’ai très tôt développé une appétence pour la chose bottière – ma mère a longtemps confectionné mes vêtements mais ça ne me plaisait pas ; je voulais porter des marques, comme les copains. J’ai donc reçu une éducation vestimentaire classique que j’ai affinée par la suite.

Un temps, j’ai été assez Rock’n roll, sur les traces d’Iggy Pop –  veste longue en cuir, jeans troués, bottes à talons biseautés de chez Rotureau, boucle d’oreille…

Ce n’est que vers la trentaine que j’ai commencé à m’intéresser à la chose sartoriale mais comme j’aime faire les choses à 100%, j’ai attendu d’avoir les moyens de mes prétentions pour véritablement basculer. Le premier achat significatif, dans ce sens, a été un costume de chez Smalto qui valait 2000 euros. Mais je ne me suis offert mon premier costume en grande mesure, réalisé par Cifonelli, qu’à 44 ans.

La Vie Extra Selon Hugo jacomet Costume-gris-moyen-Cifonelli

– Comment t’habilles-tu aujourd’hui ?

Sur-mesure, de pied en cap. Hormis pour les souliers, dans la mesure (!) où j’ai un pied plutôt normal, qui ne nécessite par conséquent aucun travail sur la forme. Ainsi, sur la trentaine de paire de souliers que je possède, « seulement » deux paires ont été réalisées sur-mesure : l’une de chez Aubercy et l’autre de chez Mario Bemer, à Florence.

L’essentiel de ma collection vient de chez Corthay. En revanche, s’agissant des vêtements à manches et en particulier des costumes, je possède 20 costumes en bespoke (qui viennent à 90% de chez Cifonelli), près de 100 chemises et autour de 200 cravates – cela peut sembler considérable pour l’homme de la rue, mais ne perdons pas de vue le fait qu’au delà de l’immense plaisir que cela me procure, il s’agit de mon job.

La vie extra selon Hugo Jacomet Parisian Gentleman

Quant à mes chemises, elles sont pour moitié réalisées en mesure et pour moitié en prêt-à-porter. À ce propos, j’aime beaucoup la maison Siniscalchi à Milan, Anna Matuozzo à Naples, Marol à Bologne et la chemiserie Courtot à paris.

Les cravates ? Je les fait souvent couper, ce qui me permet de choisir la soie, la laine ou le cachemire – j’apprécie particulièrement la maison Howard’s à Paris, ainsi que les soies vintage de Francesco Marino.

– Consultable en 4 langues, Parisiangentleman.fr rassemble aujourd’hui plus de 2 millions de lecteurs par an. Quel a été le déclencheur du premier article ?

Une insomnie. Le 31 janvier 2009, aux alentours de 3 heures du matin. Je suis alors producteur audio-visuel (j’ai réalisé plus de 300 films pour des vendeurs de couche, de détergent, de cosmétiques…), à la tête d’une vingtaine d’employés et j’en ai plein le dos de la pression qui va avec. En panne d’informations sur la chose sartoriale, je décide de rédiger un petit article, sur un site que je crée en quelques instants et que je nomme Parisian Gentleman.

Le lendemain, j’ai la surprise de constater que 17 lecteurs se sont rendus sur mon site ! Une semaine plus tard – j’ai rédigé 5 articles supplémentaires – Parisian Gentleman est répertorié par WordPress comme le site qui connait l’une des progressions les plus rapides en France !

Cela m’a donné envie de continuer. J’ai donc mené l’aventure de front avec mes activités professionnelles jusqu’en 2011, date à laquelle PG reçoit la visite de 2000 lecteurs par jour, en moyenne, avec plus de 80 000 abonnés sur la page Facebook.

J’ai alors vendu tout ce que j’avais. Et quitté la France. J’ai décidé de faire entendre la voie française de l’élégance et tenter de mener, avec ma femme et mon fils, une vie d’Oscar Wilde.

La-Vie-Extra-selon-Hugo-Jacomet_Oscar_Wilde-

Mon objectif est alors de fidéliser un lectorat sans vendre mon âme aux grandes marques, avec un business model à créer en marchant puisque, à ce moment précis, je n’ai pas la moindre idée de la façon dont je vais gagner de l’argent. Mais je sais que je vais en gagner !

– Tu as décidé de vivre comme un dandy. Quel fut l’obstacle majeur ?

L’incrédulité. Pas celle de mes proches, mais celle des marques, à l’époque, ainsi que des presses anglo-saxonne et française qui déclaraient, voilà encore 3 ans, que gagner de l’argent avec un blog était illusoire. Les mêmes, deux ans plus tard, expliquent que l’une des façons les plus sûres de faire fortune consiste à lancer un blog dédié au style masculin.

Par ailleurs, avoir une bonne idée trop tôt n’est pas une bonne idée. Je n’ai commencé à vivre de PG qu’à compter de 2013 ; le site a beau être une voix majeure sur la scène internationale, il ne fait vivre « que » 4 personnes – une vie de prince, certes, mais ce n’est pas encore Vogue Magazine. Patience.

– As-tu été tenté de laisser tomber ?

Jamais. Je mourrai dans la tentative. Steve Jobs était sans doute prêt à mourir dans la tentative – il n’est pas mon modèle, mais son oeuvre parle d’elle-même. Tout comme Baudelaire ou Van Gogh étaient prêts à mourir dans la tentative… Loin de moi l’idée de me comparer à eux mais il s’agit aujourd’hui de trouver un espace, un angle, un champs où s’exprimer. J’ai trouvé une place qui était libre et j’en profite pour dire ce que je pense.

Je suis davantage un prêcheur qu’un éducateur. Je prêche pour une vie plus élégante. Je prêche – comme toi avec Laviextra.com – pour l’accomplissement. Je prêche pour le plaisir intérieur. Pour la révolte intellectuelle. Esthétique. Contre le prêt-à-porter / chausser / penser / baiser / boire / fumer…

– Quelle a été ta décision la plus intelligente ?

De m’y consacrer à 100% alors que tout me disait de ne pas le faire. Tous mes confrères et collègues qui se consacrent à l’élégance masculine le font en parallèle d’une activité professionnelle, ou bien vendent sur leur site des cravates ou des chaussettes. Je n’ai rien contre le principe, mais ça n’est pas ce que je fais.

M’y consacrer à plein temps a été la décision la plus importante. La plus dangereuse. Mais c’est également celle qui a fait toute la différence.

– Voyages au long cours, repas gastronomiques, alcools fins… La vie du gentleman peut s’avérer exigeante. Quels sont tes rituels pour maintenir le cap ?

J’ai cessé de fumer. Mais, contrairement à toi, sans passer par la case cigare.

Et je mène finalement une vie plutôt saine : ma femme et moi sommes très actifs, nous voyageons beaucoup et avons pour habitude de pratiquer un minimum d’exercice physique – de type squat – sans pour autant fréquenter les salles de gym.

La Vie Extra selon Hugo Jacomet Parisian Gentleman- squats
Le squat ou Routine du dandy

D’autre part, nous avons pour principe de ne jamais dîner au restaurant plus de 2 fois par semaine – à Naples, où je prépare mon deuxième ouvrage – Italian Gentleman – ce principe est fondamental. Sans quoi, on s’expose à voir son costume croisé devenir un costume droit. Ici, un dîner, c’est neuf plats…

J’ai la chance de fréquenter des établissements que peu fréquentent, de rouler dans des autos rares, mais je reste raisonnable. C’est, je crois, l’une des clés de notre succès. J’adore être couvert de cachemire de la tête aux pieds et dîner dans un 3* Michelin puis, le lendemain, déjeuner d’un sandwich avec des chips dans un cadre plus modeste tel que la voiture de mon photographe.

La-Vie-Extra-Hugo-Bentley-Mulsanne
Hugo et Bentley Mulsanne

– Comment gères-tu ton temps ? Selon quelles règles acceptes-tu les sollicitations ?

Comment je gère mon temps ? Mal. En la matière, Sonya et moi disposons d’un potentiel d’amélioration considérable.

Quant aux solicitations, je fonctionne essentiellement au flair. Et à l’envie.

Nos projets dépassent aujourd’hui largement le cadre européen ; il se trouve que nous préparons actuellement le tournage du deuxième film publicitaire pour Parisian Gentleman – le précédent, « Ladies », a fait scandale dans le monde entier mais a reçu le 3e prix au New York Festivals World’s Best Advertising en mai 2015.

Notre 2e film sera réalisé avec l’agence de publicité DLV BBDO à Milan, par le réalisateur Igor Borghi.

Notre objectif : Cannes.

– Comment consommes-tu les media ?

J’écoute uniquement la radio. Je ne regarde jamais la télé. Et c’est le cas depuis plus de vingt ans – à l’exception des matches de rugby qui me passionnent et que je visionne désormais en ligne. Ainsi mes enfants ont-ils grandi sans regarder la télévision.

En revanche, j’écoute massivement France Culture et, ponctuellement, France info. Je suis depuis 30 ans un fidèle parmi les fidèles de l’émission Répliques, animée par Alain Finkielkraut. Ainsi que de celle qui la suit : Concordance des temps.

Internet ? Assez peu, en fin de compte. Quelques sites d’information.

– Quelle est la dernière lecture / phrase / réflexion / oeuvre qui t’aie touché ?

La vie de Sixto Rodriguez, retracée dans le film Searching for Sugarman qui a remporté le Prix du public international du Festival de Sundance en 2012.

L’histoire de cet artiste maudit… Sa musique… Crucify your mind !

De la poésie à l’état pur, avec certaines paroles qui trouvent chez moi un écho particulier.

Enfin, je suis chrétien. Je lis la Bible, j’écoute des sermons. J’ai été élevé dans la foi catholique et j’ai découvert, grâce à ma femme, le protestantisme.

J’en suis fier. Et je trouve formidable le message délivré par cet homme qui a vécu voilà deux mille ans.

– Selon toi : c’est quoi, La Vie Extra ?

Je n’échangerais pas ma vie pour celle d’un autre.

Pour une raison très simple : je n’ai aucune idée de ce que je vais devenir.

J’ai la notion des lieux où je me trouverai dans les mois à venir – les prochaines dédicaces de mon livre auront lieu aux Philippines puis au Canada – mais notre grand luxe, pour Sonya et moi qui formons un couple extra, réside dans le fait de ne pas savoir où nous serons dans un an.

Cela va à l’encontre de la figure sociale qui nous fait courir après la sacro-sainte sécurité – le mot, à lui seul, m’effraie – mais voilà le véritable sel de l’existence.

Ne pas savoir ce qui vient.

Pour moi c’est ça, La Vie Extra.

Parisian Gentleman - Image à la Une : Stéphane de Bourgie/Abaca Press
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Emmanuel Laurent écrit par:

Commentaires récents

2 commentaires

  1. Jean-Michel
    28 février 2016
    Répondre

    Dans cet article Hugo indique qu’il possède 12 costumes bespoke. Or vous mentionnez qu’il en a 20. Qui dit vrai ?

    • Emmanuel Laurent
      29 février 2016
      Répondre

      Depuis l’article auquel vous faites référence, Jean-Michel, Hugo a reçu 4 costumes supplémentaires (un chez Domenico Pirozzi, un chez Renato Ciardi, un chez Gigi Dalcuore et un chez Gennaro Annunziata, tout cela à Naples). Et il en a actuellement 6 en cours de réalisation, en attente du premier essayage. Soit, au total, une vingtaine de costumes bespoke.

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