Comment ça, vous n’êtes pas un artiste ?

À quel moment avez-vous décidé que vous n’étiez pas un artiste et qu’il était préférable de laisser s’éteindre votre talent ?

À quel âge avez-vous accepté le fait que finalement, personne ne profiterait de votre sensibilité unique et qu’il valait mieux étouffer une bonne fois pour toutes l’affinité que vous avez toujours eue pour le chant, l’image, la cuisine, le tricot, la narration, la pâte à sel, la vitesse ou l’érection d’édifices majestueux ?

Pourquoi je vous pose cette question ?

Parce que ma fille vient de me montrer son dernier dessin et que je ne m’attendais pas à être cueilli par l’oeuvre d’un enfant de sept ans – quand bien même l’enfant en question est le mien et qu’il est exclu de mettre en doute son génie intrinsèque.

Par principe, chaque fois que Louisa me montre ce qu’elle vient de réaliser (une reconstitution d’Alice au Pays des Merveilles avec trois Playmobil et une poupée chauve, son fameux potage Terreau & Liquide Vaisselle ou encore une balle recouverte de pâte à prout), j’applaudis sans retenue et l’encourage à continuer car je suis son père, son premier public, et qu’il m’est inconcevable de ne pas soutenir ses élans.

Mais face à tant d’ingéniosité, vous me voyez surpris :

Il s’agit de l’endroit et de l’envers d’une seule feuille.

À gauche : ce que verrait un visiteur se dirigeant vers cette riante demeure.

À droite : la dure réalité d’une princesse captive et d’un malfrat enchainé au donjon.

Bien entendu, il se peut qu’elle ait simplement recopié ce qu’elle avait vu à l’école, sur Gulli ou Youtube Kids.

Il n’empêche que dès l’instant où elle s’est saisie d’un crayon pour exprimer sa propre version de ce principe brillant de simplicité – dessiner le verso du recto – c’est devenu de l’art.

Un art enfantin, certes, mais une forme d’art, nonobstant.

Qu’est-ce que l’art ?

Vous avez deux heures.

À moins que vous ne préfériez entendre la définition de Seth Godin :

L’art est un cadeau original, un lien qui change le destinataire, une capacité humaine à faire la différence.

L’art n’est ni une peinture ni même un poème, c’est quelque chose que chacun de nous peut faire.

Si vous interagissez avec les autres, vous avez la plate-forme pour créer quelque chose de nouveau – quelque chose qui change tout.

J’appelle ça de l’art.

L’art est l’opposé de la trigonométrie.

L’art ne suit pas les instructions, ni un manuel, ni les ordres d’un patron.

Au lieu de cela, l’art est l’acte typiquement humain de créer l’incréé, de se connecter avec une autre personne à un niveau humain.

Ce que nous voyons, c’est que de plus en plus de marchés vont récompenser l’art de manière généreuse et distribuer le travail conforme au moins offrant.

* * *

Auteur de l’un des blogs les plus lus au monde, Seth Godin nous dit que le marché du travail rémunère de plus en plus l’originalité et de moins en moins tout travail qui comporte une fiche de tâche.

Dès l’instant où une tâche peut être accomplie en suivant une liste d’instructions, il se trouvera toujours quelqu’un qui accepte le job en étant moins payé que vous – à supposer que le job en question n’ait pas déjà été confié à quelque logiciel.

Mais avant d’envisager la perspective de transformer votre talent en carrière, veuillez considérer ceci :

Choisir d’exprimer votre art recèle une potentialité fondamentale – celle de votre épanouissement.

Il y a une limite au plaisir que nous pouvons éprouver en recevant = en consommant.

Il n’y a pas de limite à la satisfaction que nous pouvons éprouver en donnant = en créant.

Tranøy, Norvège, Outdoor Sculptures II par l'artiste Nordli-Mathisen

Montrez-nous ce que vous avez dans le sac

Partager ses idées n’a jamais été aussi facile qu’aujourd’hui.

Les gardiens du temple de la musique, de l’édition, du commerce et des medias ont toujours pinion sur rue mais vous n’avez plus besoin de les séduire pour présenter votre travail au plus grand nombre.

Il vous suffit de faire.

Puis de partager.

Vous pouvez identifier au moins une activité pour laquelle vous avez des facilités.

Une activité que vous pourriez pratiquer avec plaisir, de façon régulière, sur la durée.

Allez-y.

Commencez.

Écrivez cette pièce de théâtre qui vous habite depuis si longtemps.

Faites-là jouer par ceux de votre entourage qui sont partants et filmez sa représentation.

Composez une poésie et montrez-la à vos amis.

Lancez un blog sur un thème qui vous tient à cœur.

Apprenez aux autres comment faire ce que vous maîtrisez déjà.

Créez une application qui résout un problème que vous avez rencontré à plusieurs reprises.

Filmez-vous en train de pratiquer une activité pour la première fois.

Démarrez une entreprise proposant un service qui n’existe pas encore ou qui peut être amélioré.

Donnez à d’autres les moyens de réaliser des choses qu’ils n’ont pas pu faire jusqu’à présent.

Prenez la parole pour ceux qui ne peuvent pas s’exprimer.

Lancer votre podcast : interviewez ceux qui ont un impact.

Partagez les secrets de votre succulente cuisine.

Proposez vos services.

Démarrer une boutique en ligne sur Shopify.

Vendez vos propres créations sur Etsy.

Tout ce que vous avez à faire, c’est commencer.

Maintenant.

Pour faire le premier pas, vous n’avez pas besoin d’être prêt.

De toutes façons, vous n’atteindrez jamais la perfection.

Ni Picasso ni Mozart n’ont atteint la perfection, mais la virtuosité qui habite leurs oeuvres respectives n’a été rendue possible que par la mise en pratique inlassable de leur talent – leur travail.

Votre existence peut prendre une dimension bien plus vaste une fois que vous avez découvert un fait simple : tout ce qui vous entoure, que vous appelez la vie, a été créé par des gens qui n’étaient pas plus intelligents que vous.

Et vous pouvez la changer, vous pouvez l’influencer, vous pouvez créer vos propres objets que d’autres personnes peuvent utiliser.


Comprenez que vous pouvez pointer la vie du doigt et que quelque chose, si vous poussez vraiment, quelque chose va apparaître de l’autre côté, quelque chose que vous pourrez modifier, quelque chose que pourrez façonner.

Steve Jobs

Tenez : penchons-nous sur un cas éloquent.

Le mien.

D’aussi loin que remontent mes souvenirs, une question m’obsède : comment vais-je raconter ce qui m’arrive ?

Par exemple : quels détails vais-je mettre en avant pour relater cette belle journée de juin où je suis passé au travers d’une verrière pour me ramasser sur le carrelage – cinq mètres plus bas – tandis que ma mère savourait une coupe de champagne à quelques mètres de là, en compagnie des autres convives venus célébrer les 14 ans de mon pote Bastien ?

Ou bien comment décrire le regard de cet ami que je croise au retour de son service militaire à Tahiti où il vient de passer 18 mois à communiquer avec sa fiancée au travers d’un grillage en raison de l’interdiction imposée aux militaires Français de sortir de la caserne durant la période des essais nucléaires à Mururoa ?

Petits ou grands, j’ai toujours été tenaillé par la nécessité de narrer convenablement les événements.

Et par-dessus le marché, d’aussi loin que remontent mes souvenirs, j’ai été possédé par une boulimie de lecture.

Dès que j’ai su lire, je me suis mis à dévorer tout texte entrant dans mon champ visuel avec un appétit qui ne connait pas de satiété – à commencer par ce que racontaient le carton de céréales et la brique de lait sur la table du petit déjeuner, chaque matin, comme si ces inscriptions allaient finir par me révéler une information qui m’avait échappé la veille.

Très vite, ma chère mère a pris l’habitude de me conduire à la bibliothèque pour me laisser choisir un livre puis, dès que j’en avais achevé la lecture, de m’y remmener choisir le suivant.

L’habitude ne m’a pas quitté : j’ai toujours un livre en cours de lecture.

Un ou dix, selon, depuis l’avènement de la liseuse.

Voilà ce qui a donné lieu à ma fascination pour l’Écriture.

Sauf que dans mon esprit, Écrire était réservé aux artistes.

Aux écrivains.

Un écrivain, c’est Philippe Djian.

Portrait de Philippe Djian

C’est Sylvain Tesson.

Portrait de Sylvain Tesson

C’est Bret Easton Ellis.

Portrait de Bret Easton Ellis

C’est Virginie Despentes.

C’est Michel Houellebecq.

Portrait de Michel Houellebecq

C’est Charles Bukowski.

Portrait de Charles Bukowski

Mais ce n’est certainement pas Emmanuel Laurent.

Emmanuel Laurent, il se contente de fantasmer sur l’existence sublime des titans susmentionnés et le privilège immense de vivre de sa plume.

Mais lui, il s’engage dans la Marine Nationale.

Et il continue à se délecter des jubilations que déclenchent en lui ces auteurs, une fois le rideau de sa couche tiré sur le tumulte de la vie à bord du Porte-Avions Charles de Gaulle.

Artiste à bord du Porte-avions Charles de Gaulle
Bibliothèque nucléaire

Jusqu’au jour où le Commandant dudit navire le reçoit dans son bureau afin de procéder à son entretien de notation annuelle.

Alors dites-moi, Laurent.

Qu’est-ce qui vous fait vibrer, au quotidien ?

Quel est votre moteur ?

Je ne m’attendais pas à cette question, Commandant.

Alors je dirais que ce qui m’anime, c’est essentiellement la notion de partage.

Disons que j’ai un penchant naturel pour l’exploration et, manifestement, l’enthousiasme communicatif.

Voyez-vous, il se trouve que je suis fasciné par notre extraordinaire capacité de création et d’accomplissement bien que, je vous l’accorde, la plupart d’entre nous n’est pas conscient de posséder ce pouvoir.

Si vous voulez, notre capacité à faire et devenir ce que nous voulons me fascine.

De sorte que je m’efforce, à la mesure de mes moyens, de partager le fruit de mes observations avec l’espoir, un peu naïf sans doute, d’avoir autour de moi un impact positif.

Voilà, Commandant, quels sont mes moteurs : explorer et partager.

Je vois, Laurent.

Je comprends.

Intéressant.

Mais dites-moi.

Vous trouvez ça où, sur le porte-avions ?

***

Il aura fallu attendre le matin où j’ai mis un terme à mon contrat d’Officier pour qu’enfin je m’autorise à m’asseoir devant une page blanche.

Aujourd’hui, ça fait plus de dix ans que je suis payé pour écrire en tant que rédacteur indépendant.

Et plusieurs années, déjà, que j’ai lancé Laviextra.

Depuis lors, ce blog m’impose une forme d’apprentissage continu pour utiliser correctement les outils digitaux que sa tenue requiert tout en proposant du contenu qui puisse vous informer, vous divertir et idéalement vous inspirer, cher lecteur.

Or, chaque jour davantage, se confirme l’intuition qui suggère qu’arpenter le chemin est au moins aussi gratifiant qu’atteindre l’objectif.

En effet, dès les premiers articles, Laviextra m’a permis d’échanger avec des individus avec qui je ne serais jamais entré en contact, par ailleurs.

De raffiner mon processus de réflexion et d’expression.

De renouer d’anciennes amitiés.

De recevoir des critiques d’une surprenante brutalité et d’apprendre à les relativiser.

De générer de nouvelles sources de revenu.

D’engager certaines conversations inconfortables mais ô combien salutaires.

De voyager : si vous m’aviez dit que rédiger un article sur le Bitcoin allait me conduire à Londres, San Francisco, Zurich, Hong-Kong, à bord d’une montgolfière pour assister au lever du soleil sur le désert de Dubaï puis à la piscine du Marina Bay Sands Skypark de Singapour, je vous aurais conseillé de faire une sieste.

Repos de l'artiste au Marina Sands Skypark Singapour
Je vais peut-être m’accorder un mojito

Laviextra, c’est chaque jour une nouvelle aventure.

Et quand bien même je n’aurais plus un seul lecteur, je continuerais à écrire car c’est mon plaisir fondamental, qui s’est mué en magnifique obsession.

Voilà ma came.

Et vous ?

Quelle est la vôtre ?

Votre difficulté à vous intégrer est une bénédiction

Quel est le point commun entre Richard Branson, Steve Jobs, Léonard de Vinci, Charles Darwin, Thomas Edison, Henry Ford, Albert Einstein, Walt Disney et Steven Spielberg ?

Tous souffraient de dyslexie – soit une difficulté majeure à apprendre la lecture et l’écriture.

Nous savons maintenant qu’il s’agit d’un défaut de maturation d’un mécanisme cérébral chargé de traiter le langage écrit.

Nous savons également que ce handicap est souvent compensé par certains avantages tels qu’une aptitude exceptionnelle en termes de perception et de gestion de l’espace.

Voilà qui explique pourquoi un grand nombre de dyslexiques réussissent dans les professions faisant appel à cette capacité : architectes, ingénieurs, joueurs de tennis et entrepreneurs, pour ne citer que celles-ci.

En effet, une étude conduite auprès de 139 entrepreneurs américains a montré que 35% d’entre eux étaient dyslexiques.

Pourquoi les dyslexiques feraient-ils de bons entrepreneurs ?

D’une part, parce que leur désavantage les a obligé à identifier très jeunes les gens en qui ils pourraient avoir confiance : en affaires, ils savent s’entourer et délèguent bien plus facilement. 

Ils manifestent également des facultés remarquables de communication orale et de résolution de problèmes. 

Ils s’avèrent particulièrement créatifs et davantage enclins à diriger plusieurs entreprises.

Et, par-dessus tout, leur incapacité fondamentale à intégrer un système rigide les conduit spontanément à créer leurs propres structures.

Ainsi, que vous soyez ou non dyslexique, vous avez sans doute déjà éprouvé la même difficulté : vous avez accepté un job ou intégré une organisation qui vous impose de dissimuler qui vous êtes pour vous conformer à la politique de la maison.

Or, après un temps suffisamment long à subir ce carcan, renoncer à votre individualité a fini par vous sembler acceptable.

Vous n’êtes pas bien sur le vélo mais ou vous répète en boucle qu’il fonctionne parfaitement et que vous devriez vous estimer verni : combien donneraient cher pour être à votre place ?

Le lancinant malaise qui vous accompagne depuis ce renoncement vient du fait que vos ailes ont été arrachées avant même que vous ayez l’occasion de les déployer.

L’éléphant n’a pas d’ailes.

Mais si vous l’enchaînez à un piquet dès son plus jeune âge, il ne lui viendra plus l’idée de s’en libérer malgré le fait qu’il a maintenant la force d’arracher un arbre.

Tout ça pour vous dire que la dynamique que nous subissons tous, à divers degrés, celle qui tend à nous faire rentrer de force dans une case, donc à nous contraindre, nous diminuer, va à l’encontre même de l’élan vital qui nous pousse à croître et nous déployer avec d’autant plus de vigueur et d’enthousiasme que nous suivons notre intuition et nos aptitudes naturelles.

Franky Zapata n’en fait qu’à sa tête

Et si mon job me plait ?

Tant mieux, c’est un privilège rare.

Mais posez-vous la question :

Quels que soient ses avantages, votre job ne vous sert-il pas de planque ?

Est-ce que vous n’êtes pas dissimulé derrière l’intitulé du poste, derrière la façade de entreprise et le confort de l’identité préfabriquée que cela vous confère ?

Qu’aurez-vous accompli que vous pourrez appeler votre oeuvre si demain ce job venait à disparaître ?

En d’autres termes, pourrez-vous dire que vous avez donné toute la mesure de votre talent ?

Qu’au moins vous aurez essayé ?

À l’époque où je réalisais les essais auto et moto qui étaient publiés chaque semaine dans Nice-Matin, j’adorais mon job.

Car il me permettait d’essayer, dans des conditions particulièrement privilégiées, des bolides auxquels je n’aurais pas eu accès par ailleurs.

Parce que, lors des dîners en ville, journaliste auto & moto, ça ne manque pas d’allure.

Mais surtout parce qu’il me permettait de relater ces expériences et donc de répondre à l’appel de l’écriture qui me tire la manche depuis que je suis haut comme ça.

Mais au bout du compte, malgré le brillant, l’exercice s’est avéré frustrant car le thème et le cadre de mon expression demeuraient figés.

Voilà ce qui m’a conduit à lancer ce blog, afin de pouvoir donner libre cours à mes élans, selon mes propres termes.

Aujourd’hui, je continue à écrire à la commande pour répondre aux besoins de mes clients mais je le fais avec d’autant plus de sérénité que je dispose, par ailleurs, d’un espace d’expression qui m’est propre.

Car c’est de cela qu’il s’agit.

Non pas de claquer votre démission pour aller vous enfermer avec une toile et de la gouache, mais de vous demander si vous avez donné à vos talents l’occasion de se déployer.

Nourrir l’artiste en vous ne vous affranchira guère des obstacles qui accompagnent tout acte de création.

Mais nourrir l’artiste en vous vous procurera une énergie et une détermination que seule une activité qui est en phase avec vos talents procure.

Vous serez sidéré par votre capacité de travail lorsqu’il s’agit d’accomplir une tâche que vous avez choisie, plutôt qu’une tâche qu’on vous impose.

Nourrir l’artiste en vous peut vous ouvrir des perspectives insoupçonnables au moment où vous consentez cet effort.

Écoutez.

Jusqu’à nouvel ordre, vous n’avez qu’une vie.

Et que vous l’ayez ou non réalisé, vous en êtes l’artiste.

Allez-vous faire de votre existence une tâche convenablement exécutée ou bien une oeuvre d’art ?

Force et Lumière

Emmanuel

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