Comment atteindre le niveau 3 de la pensée

Connaissez-vous cette citation de Henry Thomas Buckle qui affirme que les esprits étriqués discutent des personnes, les esprits moyens des situations et les grands esprits des idées ?

Cette citation est séduisante car elle permet à chacun de coller une étiquette sur le front de Pierre, Paul, Mylène et Sylvie tout en s’octroyant d’office le statut de Grand Esprit car, bien entendu, chacun a son mot à dire sur telle ou telle idée.

Bien que réducteur, ce point de vue a néanmoins le mérite d’introduire la notion de niveau de pensée.

À l’usage, le prisme du niveau de pensée permet de comprendre ce qui se produit dans l’esprit d’un créationniste, d’un végétalien, d’un ultra au stade ou d’un qui prétend que la terre est plate et, partant, pourquoi nous sommes souvent embarrassés par certaines de nos réflexions et actions passées.

En outre, la notion de niveau de pensée pose les limites de tout raisonnement qui propose une vision définitive du monde.

En bref, la notion de niveau de pensée nous donne l’occasion d’étudier nos propres certitudes.

Comment se défaire de la naïveté et de la paresse intellectuelle qui conduisent au piège du prêt-à-penser ?

Tout commence au premier niveau.

Niveau de pensée 1 : l’idéologie aveugle

Minions : le niveau de pensée 1

Nous naissons tous au Niveau 1.

Certains passent au niveau suivant.

Beaucoup y demeurent.

Le Niveau 1 est caractérisé par l’adoption sans réserve des croyances et des comportements qui nous sont inculqués par notre milieu familial et notre environnement.

Bien qu’il soit tentant d’assimiler ceux qui évoluent au Niveau 1 à un ramassis de joyeux crétins, gardons-nous de cette lecture rapide.

En effet, tous n’ont pas l’occasion de remettre en cause cette vision du monde qui leur a été imposée.

Soit ces individus subissent un conditionnement à ce point efficace qu’ils n’envisagent même pas de l’examiner, soit ils ne sont pas suffisamment exposés à une autre façon de penser.

C’est le cas des innombrables qui succombent à la pression familiale et se marient avec la personne qu’on leur désigne ou bien s’engagent sur une voie professionnelle qu’ils n’ont pas choisie.

C’est également le cas pour les groupes qui ont peu ou pas de contact avec d’autres cultures.

Quoiqu’il en soit, ces individus font ce qu’ils sont censés faire.

Une carrière dans les métiers du cirque, dis-tu ?

Le Niveau 1 se caractérise par le fait que, quel que soit le modèle de pensée en vigueur, son cadre est figé. Les comportements y sont clairement définis et impératifs. Rien n’est négociable, toute nuance est exclue.

Tout penseur de Niveau 1 est le gardien de son idéologie : chaque pensée alternative à la sienne constitue une menace.

Je l’ai déjà dit, je le redis ici et je le dirai encore jusqu’à qu’on me prouve que j’ai tort, il n’existe pas de guide du comportement qui s’applique à tous, en tous lieux et en tous temps.

Toute idéologie est sujette à caution.

C’est vrai pour les religions et ça l’est pour les vues politiques, les systèmes d’éducation, les routines d’entraînement sportives comme les régimes alimentaires : ce qui fonctionne le plus souvent ne fonctionne pas toujours.

Seule la science nous offre une grille de lecture fiable car elle décrit les phénomènes observables et reproductibles – ce qui n’est ni observable ni reproductible n’est qu’une simple hypothèse, en attente de preuve.

Mais bien que la science s’avère la discipline la plus rigoureuse sur le plan intellectuel, elle demeure loin de tout expliquer.

Par conséquent, chacun de nous demeure seul lorsqu’il s’agit de comprendre ce que nous fabriquons ici-bas et comment minimiser notre propension à la Foirade.

Voilà pourquoi le dogme s’avère séduisant : il nous libère de l’obligation de réfléchir à des questions vertigineuses et nous ouvre, par-dessus le marché, à la chaleur du groupe rassemblé en son nom.

Signez ici et suivez les flèches, on s’occupe de tout.

Merci, mais non merci.

Quelle que soit son ancienneté et le nombre de ses adhérents, tout dogme constitue un enfermement de la pensée.

Il convient donc de s’en affranchir.

Mais pour s’extraire du Niveau 1, il nous faut un déclencheur.

Un moment de clarté.

Ce moment de clarté peut être provoqué par une multitude de causes : une lecture, une conversation, un film, peu importe. Il y a un avant et après, vous prenez conscience que le modèle dominant prend l’eau et tourne en rond.

Ce moment de clarté m’est venu à la messe.

Baptisé à l’âge de trois semaines, j’ai suivi religieusement (ho ho ho) les cours de catéchisme dispensés au collège puis au lycée catholiques dans lesquels j’ai été scolarisé.

Jusqu’à l’adolescence, chaque dimanche et chaque jour de fête, j’ai communié.

Lors de chacun de ces offices, j’ai chanté Ses louanges, récité force prières, en ouaille obéissante baissé la tête lorsque le prêtre brandissait le corps du Christ et fait acte de contrition pour que soient remis mes péchés.

Et cela me semblait juste et bon.

À un détail près.

Seigneur, je ne suis pas digne de Te recevoir, mais dis seulement une seule parole et je serai guéri.

Attendez.

Comment ça, je ne suis pas digne de Le recevoir ?

Parce que j’ai tapé dans le Nutella quand personne ne regardait ?

Parce que j’ai continué à lire après l’extinction des feux ?

Vous êtes en train de me dire que malgré les kilomètres de Je vous salue Marie et de Notre Père que je récite avec ferveur depuis que je suis haut comme ça, je ne suis pas digne de Le recevoir ?

Sérieusement ?

Mais de quel péché un gamin peut-il bien se rendre coupable pour ainsi perdre sa dignité ?

Et tant qu’à y être, comment se fait-il que le prêtre nous invite à prier uniquement pour les membres de l’Eglise Une, Sainte, Catholique et Apostolique ?

Les autres, on leur souhaite quoi ?

De marcher à l’ombre ?

Et dites-moi, qu’est-ce que c’est que cette histoire de création de l’univers en six jours ?

La science est pas raccord, sur le topo.

On fait comment ?

Aujourd’hui, j’ai quarante-cinq ans.

J’attends toujours une réponse claire à ces questions.

Mais je n’ai pas attendu aujourd’hui pour m’interroger sur le bien-fondé de cette vision catégorique d’un Dieu qui crée des êtres indignes et leur promet une éternité de souffrances abominables s’ils n’ont pas la moyenne aux examens.

Sans même parler de marcher sur l’eau et autres prouesses qui ne se sont, à ma connaissance, jamais reproduites.

Pour autant, il serait obtus de rejeter en bloc la totalité du message – comment nier le bien-fondé de la compassion, de la fraternité, de la tolérance, d’ouvrir notre coeur à la lumière de l’Amour ?

Ma foi en Dieu demeure intacte.

Voire s’est renforcée depuis que je n’éprouve plus le besoin d’être certifié conforme pour m’adresser à Lui.

Voilà pour le moment de clarté.

Néanmoins, à ce stade, on n’est pas sorti du sable car bien souvent la prise de conscience qui vous libère du Niveau 1 vous conduit tout de go au Niveau 2.

Niveau de pensée 2 : l’idéologie choisie

Baphomet par Cults3d.com

Fraîchement libéré de vos chaînes mentales de Niveau 1, vous plongez tête baissée dans l’idéologie suivante.

Sauf que celle-ci, personne ne vous l’impose.

Vous y adhérez avec toute la conviction du récent affranchi.

Voilà comment on passe du catholicisme à la franc-maçonnerie, par exemple.

Il faut dire que l’affiche est belle : le maçon est un homme debout, libéré de tout dogme – en particulier de celui de l’Église – qui travaille à sa propre amélioration afin d’avoir sur ses proches et sur la société dans son ensemble un impact bénéfique.

Protégé par la discrétion de cette mystérieuse assemblée, l’apprenti maçon est sommé de descendre dans les profondeurs et d’apprendre le bon usage des outils forgés par la Tradition, lesquels lui permettront d’effectuer le travail conduisant vers la Lumière de la Connaissance.

Bigre.

Où est-ce qu’on signe ?

Ce que l’affiche ne précise pas, c’est que l’apprenti maçon doit désormais se plier à une nouvelle série d’obligations dont la signification et la portée ne lui seront révélées que plus tard.

Bien plus tard.

Lorsque le moment sera venu.

Lorsque les maîtres jugeront qu’il est prêt.

En attendant, il s’assied là, il se tait et il écoute.

Il se plie aux rituels.

Il exécute les gestes ancestraux.

Et il n’oublie pas d’apporter sa contribution sonnante et trébuchante.

Il ne sait pas ce qui l’attend demain, pas davantage que ce qui se trame entre les maçons plus anciens qui apparemment savent tant de choses que lui ignore, eux qui se réunissent en d’autres occasions, à eux seuls réservées.

Tout ce qu’on lui demande, c’est d’avoir confiance.

De se laisser porter par la Tradition.

De se pénétrer de la puissance des symboles.

S’il est patient, s’il persévère, s’il adhère chaque jour davantage aux figures imposées, alors la Lumière de la Connaissance lui sera révélée.

Ah d’accord.

Mais au fait, d’où vient cette lumière ?

Et concrètement, qu’est-ce qui m’attend au bout de ce long chemin ?

Quelles drôles de questions.

Sois tranquille.

Et ne t’inquiète de rien.

On s’occupe de tout.

***

Bien que vous ayez vous-même choisi cette nouvelle idéologie, le simple fait qu’il s’agisse d’une idéologie vous condamne à évoluer dans un bocal.

Voire à vous perdre Dieu sait où, compte-tenu de la brume entourant les desseins de ceux qui prétendent détenir le Savoir.

Pour en sortir, il vous faut, là aussi, un moment de clarté.

Un moment de clarté qui vous fasse toucher du doigt les limites intrinsèques de toute pensée définitive.

Niveau de pensée 3 : transcender l’idéologie

Le premier savoir est celui de mon ignorance : c’est le début de l’intelligence.

Socrate

Maintenant que nous avons établi qu’adhérer sans réserve à une idéologie est aussi dommageable que la rejeter en bloc, que faisons-nous ?

Libérés du carcan des Niveaux 1 et 2, nous transcendons toute idéologie pour partir à l’exploration du Niveau 3 qui est sans fin.

Nous endossons la blouse du cherchant ouvert et bienveillant.

Nous prélevons ici et là ce qui nous semble juste et bon.

Nous admettons que nous ne savons rien – ou si peu.

Nous savons que par le passé nous avons eu tort et nous savons qu’à l’avenir, encore, nous aurons tort.

Voyant notre nature changeante, nous acceptons que ce qui brillait hier demain semblera terne.

Chaque fois qu’un point de vue nous séduit, nous envisageons sa contrepartie avec la même ouverture.

Avant de conclure, nous faisons preuve de mesure.

Plutôt que chercher l’absolu à l’extérieur, nous regardons au-dedans.

Plutôt qu’unir notre voix à celle du plus grand nombre, nous prêtons l’oreille à notre intuition.

Nous gardons la porte de notre esprit.

Nous accordons notre attention avec parcimonie.

Nous traquons le biais de confirmation : lorsque tout soutient notre théorie, nous cherchons de nouvelles sources d’information.

Nous surveillons nos émotions : une réaction émotive à une information, quelle que soit cette information, est une réaction de Niveau 1 ou de Niveau 2.

Et nous demeurons conscients du fait que la plupart de ceux qui nous entourent se situent au Niveau 1 ou au Niveau 2.

Nous n’avons pas vocation à les faire changer d’avis – ne voyant pas ce que nous voyons, ils sont persuadés d’en savoir beaucoup.

Le mieux que nous puissions faire, c’est partager avec eux nos moments de clarté.

Force et Lumière

Emmanuel

Cet article est une adaptation libre de celui de Nat Eliason : Level 3 Thinking: A Unified Theory of Self-Improvement – s’il a retenu votre attention, je vous invite à le partager.

Et comment ! Je partage volontiers cet article fort intéressant.
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