La seule chose qu’il nous faut

Vous savez où dormir ce soir ?

Vos vêtements sont propres et confortables ?

Vous ne connaissez pas la faim ?

Vous êtes mieux loti que les trois quarts des habitants de la planète. 

Vous disposez de divers moyens de paiement et vous pouvez vous rendre où bon vous semble ?

Vous faites partie des plus riches d’entre nous. 

Vous êtes en relativement bonne santé ?

Vous êtes en meilleure position que les millions qui ne survivront pas à cette semaine.

Vous êtes capable de lire ce message ?

Vous avez plus de chance que le cinquième de la population mondiale adulte qui est analphabète.

D’accord, ça ne résout pas nos problèmes.

Mais ça nous donne plusieurs bonnes raisons de cesser de nous plaindre.

En tous cas, c’est ce que je me répète à chaque fois que je suis au bord de pousser des cris parce que j’ai encore été réveillé par les aboiements d’Enoia, notre chienne, qui considère qu’une porte qui s’ouvre dans l’immeuble, c’est une menace de niveau 4.

Cerbère au repos

Ça me cisaille les nerfs.

À chaque fois qu’elle part en vocalises au moindre mouvement de loquet et que je me redresse en sursaut avec le coeur qui cogne dans l’obscurité, je dois me faire violence pour ne pas lui balancer un oreiller en hurlant mais ferme ta gueule !!!

(Le saviez-vous ? Lorsque vous demandez à un boeuf, un lion, un renard, un brochet, un loup, un chat, un chien ou une carpe de fermer sa gueule, vous êtes irréprochable, sur le plan de l’anatomie).

Bref.

J’aimerais vous dire que je suis l’ami des bêtes mais la vérité, c’est qu’avec les bêtes j’ai donné.

Je n’ai jamais acheté d’animal de compagnie.

Je n’en ai pas eu le besoin parce que l’univers a décidé que là où je vis, un animal vit.

Voilà comment je me suis retrouvé à devoir changer la litière du chat, tous les matins pendant l’année de naissance de ma fille, afin d’éviter qu’enceinte puis allaitante, sa mère ne contracte la myxomatose en manipulant les déjections de son chat qui est devenu notre chat le jour où nous avons emménagé dans un appartement dépourvu de balcon.

Ainsi, une année durant, chaque matin avant de boire mon café, avant de préparer le petit déjeuner dans la chaumière assoupie, avant de prendre ma douche et vaquer aux affaires du jour, ma première tâche immuable au saut du lit a consisté à déminer la litière de ce délicieux animal qui avait embaumé la cuisine.

Ceux qui ont déjà possédé un chat compatiront – les autres, vous ne voulez pas savoir.

Pas de quoi pousser des cris au moindre aboiement, me direz-vous.

Soit.

Sauf qu’avant de devenir agent de nettoyage de toilettes pour chat puis de subir les aboiements chroniques qui sont désormais mon lot et saccagent à toute heure mon précieux sommeil, il m’a également fallu composer avec la logistique inhérente à l’élevage de chats norvégiens en milieux clos.

En effet, ma chère mère a longtemps été éleveuse de chats norvégiens.

Pour ces majestueux félins, elle a fait construire dans son jardin une cage aux dimensions légèrement supérieures à celles d’un stade de foot – avec studios individuels nettoyés quotidiennement, parquet, moquette, édredons, boissons fraîches et repas servis à heure fixe.

Mais l’hiver, tu comprends, ils risquent d’avoir froid.

Froid ?

Des chats norvégiens ?

Oui.

Donc on va les installer à la maison, avec nous (à l’époque, je venais de quitter la Marine sans autre perspective d’emploi et fus contraint, le temps de me retourner, de trouver le gîte chez mes parents perplexes).

Dont acte.

Avec deux règles simples : les mâles ne devaient en aucun cas croiser les femelles eu égard à leur tendance à grimper dessus à tout bout de champ et les mâles ne devaient pas non plus se croiser afin d’éviter ces affrontements sonores dont ils ressortent rayés de partout.

Ouvrir une porte est alors devenu une science que je ne suis jamais parvenu à maîtriser malgré les centaines de mises en garde quotidiennes dispensées par ma chère mère sous la forme de cris terrifiés.

Un soir que j’étais sorti fumer une clope dans le jardin, la femelle favorite de ma chère mère en a profité pour s’engouffrer à ma suite et disparaître dans les bois.

Trois jours plus tard – trois longs jours d’inquiétude consacrés à l’élaboration de scenarios terribles quant à l’issue forcément fatale de cette escapade – elle est revenue en boîtant.

Autant vous dire que je me suis retrouvé vite fait sur le banc des accusés.

Donc j’aime bien les animaux, mais je les préfère dans la nature.

Par la grâce du ciel, aujourd’hui nous disposons d’un jardin qui nous épargne les sorties biquotidiennes avec la laisse. Mais lorsqu’il s’est agi d’y installer la tente que j’avais offerte à ma fille pour son anniversaire, il nous a fallu renoncer pour cause de terrain miné et d’odeurs tenaces.

D’autre part, je souhaite verser au dossier des nuisances sonores le fait que les griffes de notre joli chow chow émettent un cliquetis continu au contact du parquet qui recouvre le sol dans toutes les pièces. De sorte que pour atténuer ce bruit et lui offrir davantage d’adhérence en virage, nous sommes contraints de lui mettre des chaussettes que l’on fixe à ses pattes avec du scotch afin qu’elles restent en place – n’allez pas répéter ça à la SPA, je crois que ça tombe sous le coup de la maltraitance par le ridicule.

Et pour faire bonne mesure, au moment même où je rédige ces lignes, le chien de la voisine – un machin gris à peine plus gros qu’un cochon d’Inde – hurle son désespoir sans faire de pause, comme à chaque fois qu’elle part travailler et l’enferme dans le jardin parce que ben oui mais sinon il saccage tout dans la maison.

Vous voulez quoi ?

Que je le fasse piquer ?

Ne me tentez pas.

Je plaisante.

Je voudrais juste qu’il ferme sa gueule.

D’accord, ils sont minions tout plein.

Et ils méritent tout notre amour.

Mais de fait, lorsque vous décidez de confiner dans votre domicile un être vivant dont le rayon d’action se compte en kilomètres et qui a pour uniques objectifs de s’alimenter et de se reproduire et qui, par-dessus le marché, ne supporte pas la solitude, vous concoctez pour vous et vos voisins un petit calvaire de longue durée.

Ceci étant, il y a peu, j’ai visionné avec ma fille le film Coco de Disney, qui narre les aventures d’un petit garçon et de son chien au pays des morts.

Le film suggère que les animaux de compagnie sont en réalité des guides spirituels.

Voilà qui m’a fait réfléchir.

Ça et le fait que récemment, après avoir été pour la énième fois réveillé par les aboiements d’Enoia et n’avoir, pas davantage que les fois précédentes, pu retrouver le sommeil, de guerre lasse je me suis levé en maudissant les animaux de compagnie, la nature, l’univers et sa proche banlieue.

Quitte à être debout avant l’aube, je me suis préparé un café et installé face au clavier pour rédiger une proposition de texte à un client qui non seulement l’a acceptée mais m’en a commandé d’autres, par la suite.

Depuis Coco et ces instants nocturnes propices à la réflexion, je considère Enoia d’un autre oeil.

Désormais, chaque fois que notre chienne se met à aboyer et que je suis tenté de vociférer en lui jetant un objet mou, je me demande si elle n’est pas en train d’accomplir une double tâche : s’assurer qu’aucun barbare sanguinaire ne franchisse le seuil et me rappeler que j’ai un toit sur la tête, à manger dans mon assiette et suffisamment de vitalité pour pousser des cris, donc pour faire bon usage de cet énergie.

Car en définitive, voilà la seule chose dont vous et moi ayons besoin : assez d’énergie pour aller jusqu’à demain. 

Tout le reste, c’est du bonus. 

Force et Lumière

Emmanuel

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